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Vodou : élément essentiel de l’identité nationale.

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En septembre 1935, mettant de côté que nous, Haïtiens, avons conquis la liberté grâce aux dieux du Vodou, le gouvernement de Sténio Joseph Vincent fait publier un décret-loi selon lequel la pratique du Vodou est superstitieuse et doit être détruite.

En 1941, soit six ans plus tard, le président Élie Lescot et le clergé catholique s’appuient sur ce décret-loi pour persécuter les haïtiens considérés comme les pratiquants du Vodou. Le clergé catholique et le gouvernement détruisent les péristyles et font abattre les grands arbres “Mapou” sous prétexte que les loas y habitent.

L’histoire d’Haïti retient cette chasse douloureuse aux vodouisants sous le nom de “Rejetés”. Aucun gouvernement haïtien n’avait aussi humilié ni n’avait aussi rejeté sa culture, ses ancêtres, son peuple auparavant que le gouvernement d’Élie Lescot.

En mars 1949, le père Joseph Foisset du Petit Séminaire Collège Saint-Martial propose que le Bureau haïtien d’Éthnologie soit fermé. Pourquoi ? Parce que le Bureau d’Éthnologie sauvegarde une collection d’objets qui se rapporte au Vodou, et qu’il serait maléfique. Dans “L’avenir du pays et l’action néfaste de M. Foisset”, le docteur François Duvalier répond à plusieurs articles racistes du père de la congrégation des Pères du Saint-Esprit, publiés dans le journal catholique La Phalange. Pour François Duvalier, le père Joseph Foisset est un “réel danger” auquel la Première République Noire du monde doit faire face. Monsieur Duvalier en profite pour reprocher aux religieux catholiques d’enseigner aux élèves haïtiens le mépris de la culture nationale, le mépris des Héros nationaux notamment Dessalines, et confie dans un texte qu’il a entendu d’un religieux, au lendemain des fêtes du Centenaire de l’indépendance, s’adressant aux élèves, l’enseignement suivant: “Votre Dessalines est en train de brûler en enfer pour tous les crimes qu’il a commis”.

C’est-à-dire l’esclavage et la servitude ne sont pas des crimes, mais c’est la lutte pour la liberté menée par nos ancêtres qui en est un. Car, selon l’évangile chrétienne, les esclaves sont tenus d’obéir à leurs maîtres avec crainte et profond respect, avec sincérité de coeur, comme à Christ.
Le 29 mars 1987, la constitution haïtienne consacre un État laïc. Dans ses Articles 30 et 30.1, elle stipule que “Toutes les religions et tous les cultes sont libres. Toute personne a le droit de professer sa religion et son culte, pourvu que l’exercice de ce droit ne trouble pas l’ordre et la paix publics – Nul ne peut être contraint à faire partie d’une association ou à suivre un enseignement religieux contraire à ses convictions”.

Et pour mettre fin aux désordres du passé, dans son Article 297, la Constitution haïtienne de 1987 est claire: “Toutes les Lois, tous les Décrets-Lois, tous les Décrets restreignant arbitrairement les droits et libertés fondamentaux des citoyens notamment le Décret-Loi du 5 septembre 1935 sur les croyances superstitieuses…Sont et demeurent abrogés”.
Le 4 avril 2003, le président Jean Bertrand Aristide fait publier dans Le Moniteur un arrêté avec les considérations suivantes:
– le vodou, Religion ancestrale, est un élément constitutif essentiel de l’identité nationale.

– Il est du devoir de l’État de protéger le patrimoine culturel de la Nation.
– Le développement croissant des organisations et associations issues du vodou.
–  Les efforts de structuration institutionnelle manifestés par les vodouisants représentant une portion considérable de la Population haïtienne.
– La participation des vodouisants à la formation sociale, politique et morale du Peuple haïtien.
– Il convient d’intégrer l’action du vodou dans le cadre de la philosophie de justice sociale et d’État de droit prônée par le Gouvernement.
– Il appartient à l’État de poser les bases indispensables à l’établissement de rapports harmonieux et juridiques.

– Il importe de prendre les mesures qui conviennent, pour éviter toute tentative d’inquisition et d’exclusion, pour sauvegarder l’intégrité nationale, défendre les intérêts généraux de la République, promouvoir l’ordre, assurer la paix et le bien-être de toute la population.

Donc, 29 mars 1987 et 4 avril 2003 sont deux moments importants dans l’histoire nationale, ne serait-ce pour la garantie des libertés fondamentales. Que chaque fille, chaque fils de la terre sacrée et mystérieuse d’Haïti puisse professer sa religion et son culte librement doit être un acquis démocratique pour le peuple haïtien en général, et les pratiquants du Vodou en particulier. Aux pasteurs et aux chrétiens qui pensent qu’ils peuvent intimider ou persécuter les adeptes du Vodou aujourd’hui, nous disons “arrêtez et sachez que l’Amour est le premier nom de Dieu”!

M. Charles Philippe BERNOVILLE
Président de PROFILE AYITI

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